4 ans après le très électronique Golden Age Of Grotesque, le God of Fuck revient dans une toute nouvelle dimension. Rien de
surprenant me direz-vous, puisque l'homme le plus haït de la communauté chrétienne puritaine américaine se réinvente un personnage à chaque album. Sauf que là, il n'y pas d'alien androgyne ou de
personnification de l'Antéchrist , mais juste Marilyn Manson. Infanté dans la douleur dûe à son récent divorce, Eat Me, Drink Me présente une facette du Sieur Manson
bien plus intime que n'importe quel autre album sorti à ce jour. Il ne s'agit donc plus pour lui
de crier "merde" à la société en dénonçant de façon plus ou moins caricaturale ses abus mais bien de se présenter tel qu'il est lui, en tant qu'homme et non plus en tant que symbole.
Introspection dans un univers sombre et exaltant...
L'intro ouvrant sur If I Was Your Vampire ne nous dépayse pas : typiquement mansonienne de part sa lente atmosphère suivie de l'arrivée de
la voix si particulière de notre personnage préféré/détesté, le morceau explose littéralement à intervalles réguliers avant que la mélodie ne retourne dans sa noire létargie. Première
surprise, et de taille, le titre gardera son rythme lent et lourd jusqu'à la fin, et ce sans aucun cri... surprenant ! Putting Holes in Happiness, titre pas très folichon non plus, est également l'un des plus hallucinant et des plus réussis de l'album. La
mélodie faisant office d'intro et de refrain est tout simplement digne des plus grands groupes de rock, une mélodie telle que l'on ne croirait pas du Manson s'il n'y avait pas cette toute petite
touche caractéristique de ce grand Monsieur. Un morceau très rock, sans tomber dans le n'importe quoi. Du très grand Manson !
Intro destructurée et guitares sortie sorties d'on-ne-sait-où pour The Red Carpet Grave, à tel point qu'on s'y perd un peu, mais on repart
bien vite dans le dantesque avec They Said That Hell's Not Hot. Ce quatrième titre, dans la même verve que Putting Holes in
Happiness, est tout aussi mélodique et bien trouvé que ce dernier.
A ce moment de l'album, une question nous vient à l'esprit : Marilyn Manson a-t-il décidé de changer radicalement son style ? On est effectivement
bien loin de déferlements de colère et des slogans scandés à coup de mégaphones d'antant...
Just A Car Crash Away fait partie de ces ballades mélancoliques dont seul le Réverend à le secret et nous plonge dans une atmosphère
étrangement familière.
L'influence des 80's se fait plus que ressentir dans Heart-Shaped Glasses, morceau à l'intro infantine où l'on sent que notre homme s'est
régalé à mélanger différentes atmosphères... excellente compo !
La légèreté n'est plus de mise dans Evidence, titre lourd purement mansonien et pourtant... différent, allez savoir... Au contraire Are
You The Rabbit ? nous rappelle les étranges explorations de Mechanical Animals, mais ne casse franchement pas des briques. De même que Mutilation Is The Most Sincere
Form Of Flattery nous donne l'impression d'avoir déjà entendu dans tous ses albums... une petite rechute, Monsieur Manson ?
On déboule dans un nouveau registre assez hors-norme avec You and Me and the Devil Makes 3 : ambiance oppressante et crasseuse, voix de
zombie agonisant... on en redemande ! Eat Me, Drink Me, du même nom que l'album, nous fait halluciner : la mélodie déformée qui tient lieu de thème principal colle parfaitement à
la lente rythmique martélée par la batterie, tandis que la basse et la voix suivent une même ligne. En gros, l'un des meilleurs titres de l'album et l'un des plus torturés, sans aucun
doute.
Si l'on tient pas compte de l'horrible remix de Heart-Shaped Glasses ajouté en bonus-track, on s'assure donc avec le titre pércédent, une de meilleures fins d'album que nous ait donné le Sieur Manson.
Au final, on retiendra de cette album des compos plus lourdes et moins bourrines que sur la plupart des albums précédents, mais surtout encore et
toujours de la nouveauté ! Les titres se suivent et s'ensuivent sans que l'on ait à s'en plaindre. Un album frais, sans doute l'un des meilleurs de cet étrange personnage...