1995 fût un grand cru : Deftones nous lâchait une première bombe, Adrenaline, No Doubt sortait, avec Tragic Kingdom, le meilleur album qu’ils aient jamais fait,… et Garbage sortait son premier album, éponyme. Avec à la batterie Butch Vig (producteur du cultissime
Nevermind et, plus récemment, du dernier album d’AFI… une pointure, quoi !) et la délicieuse Shirley Manson au chant, Garbage révolutionna le rock à sa
façon. Le quartet nous livre en effet un rock puissant, mélodique, parfois dépressif, souvent provocateur, le tout magnifiquement bien servi.
L’album s’ouvre sur un titre très rock, Supervixen, qui annonce d’emblée l’esprit du groupe. Couplets tranquilles à la voix sucrée contrastant avec un
refrain puissant acidulé, 3 ou 4 couches de guitares, paroles à connotation sexuelle plus qu’ambiguë… Le ton est donné et on accroche !
On passe dans un autre registre avec Queer. Plus posé, plus sérieux (la chanson traite de l’homosexualité), plus mélodique et moins rentre-dedans, ce
titre qui fût leur premier single, est sans nul doute l’un des meilleurs que le groupe ait composé ! Guitares implacables s’accordant à la perfection avec la voix de la chanteuse… comment ne pas
tomber amoureux ?
On enchaîne avec le deuxième single, Only Happy When It Rains. Si la mélodie de la chanson semble simplette, c’est pour mieux contraster avec la noirceur
des paroles. Véritable plongée dans les enfers d’un esprit plus que torturé, on ne se rend compte de la dimension dépressive de la chanson que lors du dernier couplet/outro, les guitares
changeant radicalement de ton. Excellent !
On quitte momentanément le monde du rock pur-jus pour entrer dans celui du post-rock-electro avec As Heaven Is Wide, titre angoissant et intrigant qui
s’écoute sans modération.
Not My Idea déçoit quelque peu par ses couplets trop enfantins tandis que le très calme A Strock Of Luck nous plonge dans un univers onirique.
Le groupe relance les hostilités de façon très rock avec Vow : intro qui décrasse les écoutilles, break prévisible mais magnifique,… du pur Garbage dans
les grandes règles de l’art.
Vient un titre dont je m’étonnerai toujours du succès : si pour moi il s’agit de l’un des plus mauvais titres du groupe, Stupid Girl semble avoir conquis
plus de la moitié de ses fans, alors que ni la mélodie ni les paroles ne valent quoi que ce soit… Bref, passons.
On reprend du poil de la bête avec Dogs New Tricks, morceau rapide, sombre et angoissant qui nous fait vite retrouver le sourire.
My Lover’s Box change encore de registre musical et vocal, nous prouvant une fois de plus les qualités indéniables du groupe à ne pas s’enfermer dans un seul genre.
Shirley repart dans la provoc’ en nous susurrant ses étranges paroles sur Fix Me Now avant de clôturer l’album sur l’incroyable Milk. Là, on marche dans une contrée froide, neigeuse et venteuse où la solitude et la tristesse sont nos uniques compagnons. L’une des plus mélancoliques et plus
belles chansons du groupe qui nous vide de nos dernières forces, tellement l’atmosphère qui s’en dégage nous prend aux tripes… un monument d’émotion.
Alors que l’on remet le CD dans son boîtier et que l’on contemple la mignonne pochette de aux plumes roses et blanches, on se dit que l'on regrette que tous les autres albums du groue n'est pas
été de cette trempe et que l’on tient là un objet sorti de l’essence même du rock sous toutes ses formes, un condensé de ce qui s’y est fait de meilleur. Un objet culte !