Cinq ans. Il nous aura fallu attendre cinq longues années avant de voir sortir le nouvel album du groupe le plus mythique du métal progressif. Pour ceux qui ne connaissent pas (à
leur tort) ce groupe, il faut savoir que Tool existe depuis 16 déjà. 16 ans, deux maxis (Opiate et Salival) et
trois albums (Undertow, Aenima, Lateralus) et un univers propre au
groupe qui évolue à chaque album. Connaissant la particularité du groupe à se renouveler à chaque nouvel album tout en gardant son univers et son identité, Lateralus semblait devoir être leur ultime œuvre, tant l’évolution était aboutie. A l’annonce de la sortie de leur nouvel album, il y a environ un an déjà, on ne
pouvait que se réjouir de la nouvelle, mais on pouvait également craindre de voir sortir un Lateralus bis, d’autant plus que Maynard James Keenan,
chanteur du groupe, flirtait depuis quelque temps déjà avec des mélodies plus légères, puisque officiant également chez A Perfect Circle. Ce dernier avait ensuite annoncé que l’objet serait
plus bourrin que son prédécesseur, et là, on pensait naturellement avoir à faire à un Aenima 2. Force est de constater qu’au final, on s’est fourré le
doigt dans l’œil, et profond : 10 000 Days n’est finalement que la suite logique de l’évolution du groupe. Aussi lent mais moins expérimental que
Lateralus, aussi rugueux mais moins industriel que Aenima, Tool nous livre une cuvée plus sombre que son
prédécesseur. Les ingrédients de la recette magique sont toujours là : ruptures de rythme démentes mais génialement bien trouvées, longues montées qui pètent quand on ne s’y attend pas,
percussions, pistes d’ambiance ou instrumentales, titres qui s’enchaînent directement entre eux… tout est là ! Mais une fois de plus, on se surprend à penser « Tiens, c’est pas pareil qu’avant.
»
L’album s’ouvre sur Vicarious, qui débute par une intro très mélodique qui surprend… Où est la basse grasse ? Les guitares
sont trop claires… Ah ! une mélodie de xylophone qui donne à la musique un air faussement enfantin… on reprend nos marques ! 40 secondes plus tard la première montée explose et nous lâche dans
le vif de la chanson : ça sature comme à la grande époque ! La voix de Maynard nous surprend : loin des envolées lyriques de Lateralus, on pense plutôt
à se façon de chanter qu’il aurait pu avoir sur Undertow. Le refrain aux paroles glauques s’accorde parfaitement à la mélodie « légère » (pour du Tool
). Enchaînements de breaks, ruptures de rythmes, batterie en contre-temps… On se laisse porter et on arrête vite d’essayer de faire d’inutiles comparaisons avec les précédents albums !
Jambi débute à coups de guitares agressives, bientôt suivies de petites percussions qui reviendront de temps à autre sur le titre. Beaucoup d’effets sur la voix, plages aériennes, peu de
structure… le néophyte sera sans doute désemparé. Le moment fort arrive après quatre minutes, lorsqu’un solo hors-normes fait son apparition : guitare avec un effet monstre nous lâchant une
sorte de cri métallique, sur un fond répétitif mais efficace… indescriptible ! L’un des titres phares de l’album !
La fougue du groupe se calme, comme pour nous laisser souffler, avec l’arrivée de Wings for Marie (part. 1). Son de basse nous plongeant dans une
ambiance sombre, le titre est lent à démarrer. Les guitares font leur entrée, jouant une mélodie jolie mais inquiétante, voire stressante, mélodie qui sera reprise dans la chanson suivante. La
voix ne chante pas, mais murmure. A 2,15’, on se retrouve plongé dans les méandres inquiétants et intrigants de cet univers si particulier propre à Tool. Deux minutes plus tard, explosion, puis
nouvelle accalmie, loops de basse qui seront également repris sur la chanson suivante… 10 000 Days (Wings part. 2) en est donc la suite logique. Son de
tonnerre se mêlant à la prière que semble entonner Maynard, le tout accompagné des mêmes instruments que sur la première partie. La mélodie principale est la même mais amorcée et jouée
différemment… au fur et à mesure que la pression monte, la mélodie se fait plus claire, tandis que Maynard donne de la voix et que les percus s’invitent d’elles-mêmes, donnant une dimension
quasiment mystique à ce superbe titre.
On change de rythme avec The Pot, qui débute par un chant à capella étonnement haut avant qu’une basse beaucoup plus énergique et moins sombre que sur
les titres précédents ne fasse sont apparition. Des percus plus solides arrivent également et une guitare entame une lente montée… Ce titre est assez spécial car bien que tous les éléments
tooliens soient là, ce morceau semble presque gai ! Le néophyte appréciera sans doute, les autres seront surpris…
Après avoir assisté mentalement à une sorte de cérémonie religieuse pendant un peu plus d’une minute par le biais de Lipan Conjuring, on entre dans la
deuxième partie de l’album avec Lost Keys (Blame Hofmann). Atmosphère iréelle, on a l’impression d’émerger lentement d’un rêve et on commence à
percevoir des sons… il semblerait que l’on se réveille dans un hôpital, dans la tête d’un patient. Une infirmière demande son avis à un docteur pour un cas spécial : le patient avec lequel on
s’éveille. Bruits de respiration affolée, appartenant au patient, mais que seuls lui et nous semblent entendre. Le docteur clôt le titre par une question "What’s happened ? Tell me everything…”
(Que s’est-il passé ? Racontez-moi tout…).
On passe alors sans pause à la suite de cette nouvelle histoire avec Rosetta Stoned, alors que la guitare part en couille et s’énerve en même temps
qu’est lâché un flot de paroles incompréhensibles (celles du patient…). La suite de la chanson est indescriptible : tout se mélange ! Mais pas n’importe comment, bien sûr : à la Tool ! C’est à
dire de façon dantesque ! Passages énervés, puis calmes… on retiendra ceux se situant à 3’, puis à 8,15’… C’est en écoutant ce passage-là que l’on se rend véritablement compte de la dimension
de la chose : ces gars-là sont des génies !
Retour au calme avec Intension. Avec ce nom, ces lentes ambiances et ces percus discrètes, on verrait très bien ce titre sur Lateralus, situé quelque part entre le trio Lateralus/Disposition/Reflection.
Right in Two poursuit dans le calme avant d’être parsemé de breaks bourrins. Une chose est sûre : jamais les percussions n’auront été aussi souvent utilisées que sur ce titre ! Dans la
grande tradition toolienne, on ne finit pas par un titre musical mais d’ambiance : avec Vigniti Tres, on se croirait dans le film Alien, juste avant que
la bestiole ne nous bouffe…
Après ces 75 minutes assez peu communes, on se sent fatigué mais heureux. On sait qu’on vient d’être le protagoniste d’une expérience assez géniale, comme pour chaque album de Tool. Mais on se
dit que, à cause de sa longueur et de sa complexité, comme pour chaque album de Tool, on ne refera pas ça tous les jours… La première chose qu’on fera le lendemain sera finalement de
s’empresser de le réécouter afin de s’imprégner de chaque moment de cette musique hors-norme et d’en découvrir toutes les subtilités… comme pour chaque album de Tool !!!
Chronique réalisée par Silicate
A lire également :
la chronique de 10 000 Days par Systool
et celle réalisée par Chtif
Site officiel : http://www.toolband.com/