Vendredi 10 février 2006
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Quand je suis allé vivre l’an dernier dans cette petite ville d’Allemagne qu’est Ibbenbüren, on m’a dit : « Ici, c’est la ville du rock ! » Moi, ça m’a bien fait marrer : comment
ce trou où je débarquais pouvait-il être la capitale du rock en Allemagne ? Peut-être parce que le magasin « Musik Produktiv », plus gros magasin d’instruments de musique d’Allemagne, voire même
d’Europe, s’y trouve ? Oui, bon. Et puis aussi parce que les Donots, le groupe de punk allemand le plus réputé, en est originaire ? Et puis aussi parce qu’il y a pleins de petits groupes de
musique qui y fleurissent chaque année et qu’ils sont bien promus par « Die Scheune », une organisation musicale qui aide le développement de la culture dans toute la région ? Et puis aussi parce
que… Ouais c’est bon, on a compris, c’est la ville du rock !
Il faut bien l’avouer, niveau culture là-bas, c’est bien mieux promu qu’en France. Dans le lot de tous les petits groupes de la « ville du rock », la plupart ont pour
influence le punk. C’est sympa mais on s’en lasse vite et on finit par s’y perdre tellement il y en a.
Et puis il y a Drawn.
Drawn, c’est le truc qui surprend, comme une baffe que t’attends pas alors que t’es en train de roupiller bien gentiment. Un mélange de hardcore et d’emo qui en font un
truc vraiment à part. Les riffs et certaines structures de la démo (et ouais, la démo 10 titres à 2 euros… c’est pas en France que ça arriverait) rappellent clairement Deftones, certaines
Refused. Le chanteur, un blondinet que l’on croirait sorti d’un Walt Disney, transforme vite le dessin animé en paysage apocalyptique. L’alternance chant clair/saturé n’est pas commune, se
démarque des autres d’une certaine manière. Recette magique ou pas, la sauce prend.
Car au lieu de se contenter des traditionnels passages énervés/chant mélodique, le groupe fait les choses à l’envers : après une intro aérienne, Nothing to
Gain démarre sur les chapeaux de roues, les couplets sont musicalement calmes en alternance avec le chant hardcore alors que le refrain est bien bourrin mais chanté.
Morning is past, seriously est un monument de puissance et d’émotion, un piano s’accordant parfaitement en rythme avec la basse, accompagnant superbement des gros riffs de guitares tout
droit sortis de l’univers enchanteresse et à la fois malsain du groupe.
La sixième piste, Face Work (en écoute sur le lecteur), est sans aucun doute
l’alien de l’album mais également très représentative de l’atmosphère générale de ce 10 titres : le piano tient une mélodie presque guillerette tandis que le chanteur s’arrache les cordes vocales
en hurlant littéralement… Impressionnant !
Le CD s’achève en beauté avec Hey look ! A scatlet execution, ou l’enfer sur terre tellement les cris sont puissants et déchirant à la fois, le chanteur
transformant un petit gémissement en un cri d’où se fait entendre toute la souffrance du monde. Leave this scene, très court, clôt de façon reposante le
tout, si ce n’est les cris que l’on peut entendre en fond sonore.
Au final, on demande comment ces jeunes âgés d’à peine plus de 18 ans font pour qu’une telle alchimie puisse se créer sans une fausse note, puis on se surprend à
réappuyer sur play tellement nos oreilles en redemandent ! Surprenant ? Certainement. Excellent ? A coup sûr !
Chronique réalisée par Silicate
Site officiel : http://www.drawnmusic.com/
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